Dr Katell LEDU, hématologue

Dr Katell LEDU, hématologue

Avant sa commercialisation à grande échelle, l’application Bliss a fait l’objet de mises en situation et de tests dans le cadre d’un projet pilote avec la Clinique Victor Hugo du Mans. Aujourd’hui, le Dr Katell LEDU, hématologue, et son équipe, utilisent notre application de réalité virtuelle comme une alternative aux techniques classiques d’analgésie pour pratiquer des examens invasifs particulièrement pénibles et anxiogènes. Une étude clinique plus poussée, ayant mobilisé des fonds de recherches importants, est actuellement en cours.

Pour un médecin, aller vers ce type d’innovation, pourquoi ?

Nos patients ne sont pas en demande d’innovation technique, mais en demande de minoration ou de disparition de la douleur au cours des actes que nous réalisons. En cancérologie, nous ne sommes pas dans une optique de traitement mais dans une optique d’exploration pour confirmer un diagnostic, et mettre au point le traitement adapté. Poser un diagnostic cancéreux est déjà une épreuve à laquelle le patient doit faire face, mais si en plus, les explorations que nous devons mener en vue du traitement causent de la douleur, il y a un effet traumatique très important. Tout l’enjeu dans le cadre de l’innovation contre la douleur, dans notre cas, est d’abord de limiter le traumatisme et son aggravation.

Avant que la solution de la réalité virtuelle ne nous soit proposée, nous avons observé qu’environ 1/3 de nos patients se déclaraient « très douloureux » avec le gaz, ou même sans gaz d’ailleurs. Ils refusaient même parfois une deuxième exploration, pourtant nécessaire afin d’évaluer la réponse au traitement. Le but de l’application Bliss est de diminuer ce nombre de patients, et de faire en sorte que les gestes soient beaucoup mieux vécus et moins traumatisants.

Faire entrer la réalité virtuelle dans la gestion de la douleur est-il bien accueilli ?

Une étude scientifique est en cours pour valider ce que nous percevons dans notre pratique quotidienne depuis que nous utilisons Bliss, à savoir que cette application de réalité virtuelle représente une véritable alternative aux solutions analgésiques traditionnellement utilisée lors de ces examens. Du côté des équipes soignantes comme des patients, l’accueil est très positif.

D’expérience, nous estimons 1/3 des malades pleurent pendant l’acte, certains peuvent avoir des vertiges, et d’autres enfin sont intolérants au gaz. Il faut trouver des alternatives pour tous ces patients que les méthodes et médicaments traditionnels n’aident pas. Et c’est dans ce type de situations et de cas que le casque de réalité virtuel trouve toute son utilité et sa pertinence, et nous permet d’offrir à chaque patient, selon son profil, des conditions optimisées de confort et de gestion de la douleur.

Il y a également des personnes qui viennent en transport pour leurs examens, car il y a des contre-indications à la conduite, ou des risques inhérents aux effets secondaires. La solution réalité virtuelle nous affranchit de ces situations et permet de réduire non seulement le risque, mais la durée des examens. En effet, une réaction de type angoisse ou peur extrême peut rallonger la durée de l’acte, et rendre ce dernier encore plus pénible pour le patient, et stressant pour des équipes médicales soucieuses de bien accompagner la personne.

Pensez-vous que l’utilisation de Bliss puisse être élargie au-delà de la pratique de ces explorations ?

Pour le moment nous évaluons surtout la façon dont Bliss se substitue aux médicaments pour les explorations de type biopsie et ponction. Il s’agit de démontrer l’équivalence entre le gaz hilarant par exemple, et l’application de réalité virtuelle. Nous avons

Par exemple, nous pouvons administrer un médicament à un patient pour qu’il se relaxe avant une biopsie, cela peut même être fait pendant la biopsie ou après, parce qu’ils ont mal ou qu’une crise d’anxiété survient. Nous utilisons Bliss dans tous les types de biopsies, non seulement en ostéo-médulaire (moelle osseuse), mais aussi des biopsies de peau, des biopsies pleurales (poumons) et les retours concernant la diminution, et même la disparition de la douleur sont les mêmes. Nous observons un réel mieux-être du patient. Autre avantage du casque de réalité virtuelle : il n’y a pas de limite selon la position du patient. Il peut être assis, debout, allongé ou même semi-assis, cela fonctionne. Là encore, cela permet aux équipes de travailler dans des conditions normales quant à l’acte, tout en limitant leur propre stress face au patient, puisque ce dernier est tout à fait relaxé.

Nous pouvons donc prendre en charge tous nos patients en misant sur une alternative aux anesthésiants et anxiolytiques classiques, tout en évitant le plus possible les situations de douleur ou de détresse. Cela contribue à améliorer globalement la prise en charge sur l’ensemble de nos patients, sans introduire de nouveaux médicaments ou au contraire, en limitant le recours à ces derniers avant, pendant et après l’acte. L’innovation apportée par la réalité virtuelle dans notre activité est réelle, car elle sert le mieux-être des patients, mais aussi des équipes. C’est donc une innovation totalement pertinente et utile, qui se justifie totalement dans la mission du médecin.